Je suis arrivée dans un très beau jardin, les bambous agités par un vent rendu violent par des nuages menaçant précédant les orages. Comme le
papier me l’indiquait, je suis entrée dans la cabane au fond du jardin (cela me rappelle Cabrel et ça me fait sourire). Je m’affale dans le divan qui est là. Choisis un magazine pour passer le
temps et attendre. Je passe environ 15mn de la sorte, avant d’apercevoir, près des piles de magazines et brochures en tout genre, un boitier serti d’un bouton bleu près duquel est posé une petite
note écrite à la main « appuyer fort dès votre arrivée », inscrit au marqueur rouge. Et mince. 15mn perdues pour rien, alors que mes pauses déjeuners ne sont pas si longues que je
l’aimerais, parfois. J’appuie. Puis regarde par la fenêtre et je la vois approcher. Deux mois qu’on ne s’est pas vues. Vacances obligent. Elle m’ouvre et m’emmène dans son nouveau cabinet. Qui
n’est autre qu’une pièce de sa maison. Cela ressemble fort à une véranda aménagée, avec dans le fond un immense rideau sombre, histoire de délimiter les espaces.
Ce nouvel espace est des plus agréables. Rien à voir avec les deux cabinets précédents qui ont vu nos séances hebdomadaires. Plus spartiates,
bien qu’agréables, ils laissaient une impression de temporaire. Je regrettais presque la fin de notre travail en découvrant l’endroit. Les murs de brique offrant une chaleur incomparable,
que seules les maisons du nord savent offrir. Une cheminée en pierre écrue face à moi. Un tapis zébré, un grand canapé rouge face à son fauteuil en cuir sombre. Un immense jumbé rouge sang et des
peintures, des armes africaines. J’avais une impression de voyage. De bien être aussi.
Je ne savais pas comment entamer la séance. Je savais qu’il était temps d’aborder le vrai sujet. Cette séance que je voulais la dernière. Je
me suis emmêlée les pinceaux. Lui rappelant la dernière conversation avant les vacances, lorsqu’elle avait été l’instigatrice de cette proposition, celle de terminer ce travail dès la rentrée.
Moi, encore toute imprégnée de nos semaines de travail, dont les séances, espacées à 15 jours m’avaient permis déjà, de le mettre à distance, sans parvenir toutefois à envisager la fin… Et puis,
lentement, pendant l’été, l’idée s’était faite.
Il est pourtant si difficile d’oser dire à un moment donné « c’est fini », lorsqu’on a défait tant de nœuds, apaisé tant de maux au
fil de ces quelques 3 années de discussions et d’expérimentations diverses. Pourtant, il faut se rendre à l’évidence : à un moment donné on « sent » la fin venir. La
sérénité, la confiance en soi, cette place dans ce monde qu’on occupe enfin, font que l’évidence prend forme.
L’émotion m’a débordée souvent, lorsqu’au fil de cette discussion j’abordais mon évolution et les bienfaits de cet immense chantier qui m’ont
rendu à moi-même et qui m’ont permis de faire connaissance avec moi-même, d’ôter toutes ces chaînes qui m’ont pesée si longtemps.
J’ai débarqué dans son cabinet, un jour d’octobre, trois ans auparavant. Je n’étais alors qu’une toute petite chose, vidée de tout, pleine
juste des larmes que je n’avais pas su verser plus tôt. Désincarnée. Incapable de décider de ma vie, de faire le moindre choix sans m’éparpiller complètement.
Après 3 ans d’un travail que j’ai voulu intense, et dans lequel je me suis investie complètement. Soi-disant pour le bien de mes filles,
incapable de reconnaître que c’était pour moi seule, quand tous mes choix ont été faits pour d’autres, j’ai changé. Pas dans le fonds, je suis toujours la même, avec le même vécu que 3 ans
auparavant. Mais dans la forme. Comme si j’avais trié, mis dans des boîtes numérotées et annotées chacun des souvenirs marquants qui m’ont fait telle que je suis, puis rangé dans ma mémoire, une
fois l’ordre rétabli, une fois le chaos revisité.
Les bienfaits sont tellement énormes et cela touche à tellement de domaines différents : ma façon d’élever mes filles, de les aimer, de
le leur dire, de le leur montrer ; ma façon de conduire, de ne plus me mettre en danger à peine mes fesses dans mon carrosse ; ma façon de parler, plus posée, plus décidée, plus
tranchée, plus investie ; ma façon de travailler, d’oser prendre ma place, proposer, imposer aussi, parfois et ne pas démordre de mes positions ; ma façon de ne plus laisser le stress
monter, de gérer les soucis au fur et à mesure sans me laisser déborder ; ne plus me dire que je suis incapable, moins que rien et surtout que les autres me sont supérieurs ; laisser
les autres où ils sont et investir ma place ; être tout entière à ce que je fais ; ne plus laisser le stress des autres m’envahir ; savoir garder la distance par rapport au père
des filles, à ma mère, à ma sœur et toute cette pollution qui en découlait auparavant…
Nous avons évoqué tout cela. Puis elle m’a demandé ce qui m’avait aidé, ou au contraire ce qui m’avait été difficile durant nos longs mois de
travail. Je n’ai rien caché de mon avis. Sachant qu’il pouvait compter pour continuer dans son métier. Je lui ai dit la difficulté des « mises en situation », de ce que j’appelais ici
« exercices ». Tous ces moments où il me fallait vivre et faire vivre les tensions, notamment lorsque je devais changer de tabouret et faire vivre les conversations avec les personnes
marquantes de mon entourage en les incarnant tour à tour : le père des filles, ma mère, ma sœur et oser parler pour eux et aller chercher au fonds des choses tous les ressentis, les mots…
Les séances d’hypnose aussi qui m’avaient permis de régler les plus gros « nœuds » et les plus vieux aussi. La difficulté parfois de trouver un nouveau fil à tirer en fin de séance.
L’émotion qui en découlait et la fin de séance qui arrivait, sa froideur d’un coup qui marquait la distance indispensable au thérapeute pour ne pas s’investir outre mesure.
Et puis je lui ai dit la merveilleuse rencontre que ce travail m’avait permis. Notre belle entente qui a fait fonctionner si efficacement
cette descente en profondeur. Les remerciements pour la réussite, pour cette sérénité que j’éprouvais désormais. Au fait aussi, que sans ce travail, jamais probablement je n’aurais connu et
trouvé mon Phin, toute empêtrée que j’étais dans des enjeux qui me dépassaient et me faisaient immanquablement chercher un bourreau plus que la personne qui me voudrait juste du bien…
J’ai osé lui demander ce qu’elle ressentait de voir ce qu’elle avait permis, devant ce résultat, cette réussite… Elle m’a dit son plaisir à
avoir vu fonctionner une vraie coopération. Me rappelant certains de ses échecs actuels ou passés sur les blocages que peuvent constituer le simple fait de vouloir « venir en aide » à
quelqu’un qui n’est pas foncièrement prêt à s’aider lui-même et la difficulté pour faire naître cette confiance indispensable pour qu’un travail aboutisse. Elle m’a parlé aussi de sa carrière
précédente, de son burn-out, de ce sentiment d’être exploitée et de sa libération…
Elle m’a demandé comment je voyais l’avenir. Sereinement. Ayant appris les tours que peut jouer la tête pour détourner l’enjeu et que les
conséquences tombent ailleurs que là où on s’attendrait à les voir tomber. J’ai appris à dénouer, à comprendre, à réfléchir sur moi-même et plus que tout à prendre de la distance avec les
différents stress d’une vie… J’ai aussi appris à me faire confiance.
Est venu le moment des remerciements. La boule dans la gorge de dire ces mots qui voulaient dire que la fin était proche, qu’on ne se verrait
plus. Que bientôt j’allais refermer la porte sur cette thérapeute qui fut longtemps une vraie bouée de sauvetage. Elle qui m’a permis de me sauver moi-même et plus que tout de m’aimer enfin.
Cette base indispensable pour comprendre qu’on est « aimable », que quelqu’un est susceptible à un moment donné d’éprouver de l’amour pour soi.
Les larmes ont coulé de mon côté et j’ai vu ses yeux rougis, son émotion qu’elle mettait à distance en jouant avec les mots. Et puis j’ai
tendu la dernier billet. Elle m’a dit qu’elle serait ravie que je lui envoie des nouvelles de temps en temps, et que surtout je ne sois pas étonnée de la distance avec laquelle elle me
répondrait. Thérapeute oblige. Et puis elle m’a accompagnée à la porte. J’ai refoulé l’envie de lui faire une bise sur la joue. J’ai senti la même retenue. Et elle m’a dit en partant « je te
souhaite une bonne vie, Véronique ». Puis elle a fermé la porte sur moi, j’ai grimpé les marches de bois, laissé le jardin derrière moi et j’ai longé le clos jusqu’au portail. J’ai essuyé
quelques larmes, savouré mon émotion.
Voilà, c’est fini !
Tant de choses ont été dites, ont été soignées avec son aide. La sérénité retrouvée, j’ai besoin de baisser le rideau et d’en profiter le plus
possible.
Je suis heureuse d’offrir à mon Phin cette femme toute neuve. Lavée de toutes les chaînes de son passé, lointain ou plus proche.
Une femme toute neuve, pour une nouvelle vie à construire. Avec toi. Aussi longtemps que tu voudras de moi, de ma main ouverte dans la
tienne.
Je suis si émue. Si heureuse.
Merci, Isabelle, merci du fond du cœur…
« C’était la dernière séance, c’était la dernière séquence... Et le rideau sur l’écran est
tombé… »
Bon envol Tazounette, et vole haut, haut dans ta nouvelle vie...
Comme Chriss, parfois je me dis que je devrais essayer une thérapie de ce genre... non pas que je me sente mal dans ma peau, ou que je sois au fond du trou, comme tu sembles l'avoir été il ya 3 ans... juste que, parfois, j'aimerais ne pas me sentir inférieure, effacer les autres de ma tête, exprimer sans peur ce que je ressens au plus profond, avoir confiance en moi...arriver à cette sérénité que tu évoques si bien et qui semble si agréable à vivre...
Un jour, peut-être...
A te lire je me demande si je devrais pas faire une thérapie aussi... Tu as l'air tellement si bien, après.
Et en plus tu as trouvé ton Phin.
Que du bonheur à vous lire et à ressentir votre amour ! Comme si de vous approcher, on allait être "contaminé" et enfin, tomber amoureux à notre tour...
Bisous de la Chriss
Bonjour Chriss. C'est toujours un plaisir de lire tes commentaires. Pour ce qui est de faire une thérapie, cela doit venir d'un besoin ou d'une nécessité, non pas de faire table rase mais de comprendre. S'il n'y a pas de "tensions" qui appellent ce travail, nul n'est besoin d'aller remuer un passé qui est déjà rangé. Après, comme je le disais tout dépend de la méthode utilisé par le thérapeute... Il faut trouver celle qui nous correspond ou tout du moins qui correspond à notre besoin et notre façon d'agir. J'étais au plus mal, je savais que pour me trouver mieux il fallait que je passe par une thérapie, il fallait aussi que ce soit "rapide" et efficace. Je n'avais pas tant besoin de parler sur un divan que de comprendre vraiment ce qui m'avait mené là. Il est évident que je conseille ma méthode à tous ceux qui sont dans les mêmes besoins que moi. Maintenant, ma solution n'est pas forcément valable pour tout le monde, tout dépend à quel degré on a besoin d'être aidé. Moi j'avais besoin d'un vrai secours et j'ai fait confiance très vite à ma thérapeute, du coup je l'ai laissé me guider dans ce travail... Cela doit venir de l'intime, non de quelqu'un d'autre. Mais c'est vrai que c'est une vraie réussite. Pour notre amour, on ne fait que décrire ce qui est. Mais je sais la corde que ça évoque chez toi... Bisous
Pour te connaître, un peu, je crois qu'au-delà de t'aider, elle t'a rendu ton jugement et une capacité à s'autoriser la pause pour comprendre, pour décortiquer, pour dire, écrire, et pour admettre, dépasser et construire dessus... Ce qui fait que désormais, votre travail est pérenne. Cette façon que tu as de revenir sur tes actes, ta journées, des faits, de les mettre en perspective avec leurs effets sur toi, sur tes filles, sur tes proches... et cette magnanimité nouvelle... en TE considérant, tu finis par considérer les autres avec humanité, tout empesés de leurs casseroles qu'ils sont... et ce processus, reconstruit et redémarré ensemble avec ta psy, est un gage de durée, d'autonomie et de forces...
Comment je vais faire, maintenant que tu as ouvert les yeux, que tu es re-née à toi-même, pour te cacher que je ne suis pas aussi merveilleux que tu les dis... ? ;-) Comment je vais faire pour empêcher qu'un gland te convoite et t'enlève sur son fier destrier blanc pour l'aventure ? Ben si, un trésor pareil... avec tous les pirates que le monde contient :-( Encore que, hein, à me relire, des PIRATES en DESTRIER BLANC ET FIER, pas courant ;-) J'ai un peu de temps devant moi pour échafauder une stratégie, et garder intacte ton envie de laisser ta main dans la mienne... ;-)
PS: je vais me recoucher (je me suis relever pour commenter ;-)
Bon, tout d'abord pour lever tout doute, un gland même pirate, et même monté sur un fougueux destrier blanc (ou même mou, d'ailleurs, pourquoi fougueux) pourra toujours passer devant moi, il n'en restera toujours qu'un gland... Je sais ton regard intransigeant que tu poses sur toi-même, et je te prends ainsi, même avec ces peurs là, surtout, même, devrais-je dire... C'est MON regard sur toi, qui compte. Et la nouvelle moi, celle re-née comme tu le dis ne cherche plus rien que notre chemin, notre jardin qui se profile... Pour mon texte, cette dernière séance et tes mots, que dire, sinon ce que je t'ai dit 100 fois. Cette capacité que tu as de me lire même et surtout dans ce que je tais, dans ces interlignes que tu affectionnes, me bouleverse et me touche au plus haut point. J'ai la sensation oserai-je l'avouer, d'une sensualité aussi grande que lorsque tes doigts se posent sur moi. Les mêmes frissons en résultent. et ça me rend dingue de toi.
;o)